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Le tourisme sans les Russes sur la Côte d’Azur

(Nice) Chef à domicile, Selim M’nasri cuisine pour une clientèle aisée sur la Côte d’Azur et avait l’habitude de régaler de riches clients russes une fois par mois. Mais depuis la guerre en Ukraine, c’est « silence radio ».

Publié le 12 mai

Éric BERNAUDEAU et Léa PERNELLE
Agence France Presse

Ce chef de 34 ans qui dit avoir « plus de trois tours dans son sac » estime néanmoins qu’il faut s’adapter à tout type de client « car du travail, il y en a ». Il cuisine désormais pour nourrir des sportifs de haut niveau et de grosses fortunes qui séjournent sur la côte.

En raison de la pandémie de COVID-19 et de la guerre en Ukraine, la France a perdu certains touristes fidèles et dépensiers : les Russes manquent à l’appel sur la Côte d’Azur et celle-ci s’est mobilisée pour attirer d ‘autres vacanciers.

Deuxième destination française des Russes après Paris, la région Provence-Alpes-Côte d’Azur (PACA) a perdu avec les restrictions sanitaires 80 % de cette clientèle historique, « qui résidait dans des villas somptueuses depuis le XIXe siècle », relève le président du Comité régional du tourisme, François de Canson.

En nombre, les Russes dans la région se classaient seulement au 8e rangé en 2019 derrière les Français et les Européens notamment, mais leurs dépenses feront vivre tout un écosystème sur la côte.

« En volume ce n’est pas un énorme », explique Denis Zanon, directeur général de l’office du tourisme de la métropole niçoise. « Mais il y a une frange de ce marché qui a beaucoup d’argent, qui vit sur la côte et dont les invités louaient des villas aux alentours, faisant travailler les hôteliers de luxe, les sociétés de location de yachts, les traiteurs privés… » .

Léa Combelonge, également cheffe à domicile pendant l’épidémie de COVID-19, a elle aussi perdu cette clientèle russe, « généreuse, mais compliquée », dit-elle, comme cette « dame qui a demandé un jour à 17 hdu caviar pour le le dîner… “

Mais pour elle, « il y a des gens riches partout » et les clients russes n’ont pas été difficiles à remplacer.

L’hôtel de Paris, à Monaco, n’a eu aucun mal à louer ses deux suites de 1000 mètres carrés à des clients tout aussi offrants, assure le directeur général Ivan Artolli.

Les Français répondent présents

Une nouvelle clientèle « à haute contribution », venue du Qatar et des États-Unis notamment, a permis au tourisme de rebondir depuis la réouverture des frontières, explique Thomas de Pariente, adjoint au tourisme de Cannes. Et « on entend encore parler russe sur la Croisette ! ».

L’Union européenne a dressé une liste noire de centaines d’oligarques et de parlementaires russes depuis l’annexion de la Crimée par Moscou en 2014, fortement rallongée depuis la guerre en Ukraine, mais beaucoup de familles russes lambdas résidant en France sont restées sur la côte.

Les acteurs du tourisme (région PACA, professionnels…) ont courtisé de nouvelles clientèles, notamment scandinaves ou canadiennes, en lançant des campagnes de promotion « déjà bien avant la pandémie », qui ont permis de « limiter la casse », assure Renaud Muselier, président de la région.

« Après le déclenchement de la guerre en Ukraine », ils « ont repris ces campagnes de communication et déployés des efforts considérables vers les États-Unis », raconte M. de Canson, qui se félicite de l’ouverture de trois vols directs quotidiens Nice -New York. Un Nice-Montréal a aussi ouvert.

Fin avril 2022, les réservations dans la région étaient de 21 % plus élevées qu’en 2019 à la même période, d’après le CRT.

À Cannes, Romain Benichou, spécialiste des locations de villas haut de gamme (Century 21), souligne que « pour juillet-août, il n’y a plus une villa disponible ». Côté plaisance, « le Vieux port et le Port Canto sont pleins […] On sent que la saison 2022 sera bonne », renchérit Fabrice Viard, chez Liberty-Yachts.

Carton plein également du côté des Français, revenus sur la côte dès l’été 2021.

Les villas revendues par les Russes depuis la guerre en Ukraine ont su trouver des acheteurs parmi les Français, « qui ont capitalisé pendant la pandémie et dont la valeur refuge a été l’immobilier », relève Nicolas Dos Passos, de l’agence Albert Immobilier à Cannes.

La clientèle française n’occupe peut-être pas encore les palaces, mais a répondu à l’appel du sud. La Côte d’Azur espère la fidéliser par-delà la COVID-19.

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