Categories
Actu france Environnement Monde Sport Tourisme Vacances

« C’est impossible de demander de ne pas voyager à cause du réchauffement climatique »

L’Echo touristique : Vous êtes venu au congrès des Entreprises du Voyage en République Dominicaine pour parler en plénière du conflit en Ukraine. Quel message principal souhaitez-vous partager ?

Ulysse Gosset : C’est très important de parler de la guerre en Ukraine à des professionnels du tourisme, puisqu’ils sont directement impactés par ce conflit. Aujourd’hui, un certain nombre de personnes ont cessé de voyager. La Russie et l’Ukraine sont devenues des destinations impossibles. En temps normal, les Ukrainiens et les Russes sont de grands voyageurs, notamment en République Dominicaine et en France. Il est donc intéressant que les agences de voyages et les autres acteurs du tourisme aient une vision des enjeux de la guerre, du temps qu’elle pourrait durer, de son impact économique en Europe et en France. Même s’il est difficile de se tenir bien informé, compte tenu des informations tenues secrètes et de la propagande qui sévit en Russie comme en Ukraine.

Ce qui me frappe aujourd’hui, c’est que les Français sont très impliqués par ce qui se passe, ils ont d’ailleurs fait preuve d’une grande procuration dans l’accueil des réfugiés.

C’est aussi intéressant pour moi de rencontrer les professionnels du secteur puisque c’est une industrie importante.

En quelques mots, quelle est votre lecture de la guerre en Ukraine ?

Ulysse Gosset : Nous sommes dans une guerre qui pourrait durer, avec un risque de partition de l’Ukraine. Les territoires allant du Donbass à la Crimée en passant par Marioupol pourraient être effectivement gelés, occupés par l’armée russe. La situation est susceptible de s’enliser dans la mesure où il n’y a pas de volonté de négociation, ni d’un côté ni de l’autre, sur le statut du Donbass et l’état de la frontière. Les Ukrainiens ne sont évidemment pas prêts à renoncer à leurs territoires. Et Poutine, qui a été capable de mener une guerre contre un pays indépendant et de violer la charte des Nations unies, n’est pas disposé à reculer. Pour lui, la Russie a été « amputée de l’Ukraine ». Il sera très difficile de trouver un accord. A court terme, nous pouvons espérer un cessez-le-feu – et encore, ce n’est pas certain. A moyen terme, nous ne voyons pas comment nous envoyons fin à la guerre. Le risque, c’est de voir qui s’est passé depuis 2014 dans le Donbass, faisant 14000 morts, se prolongeant dans le sud et l’est de l’Ukraine.

Pour moi, la menace nucléaire tient plus de l’intimidation. (…) Aujourd’hui, je n’y crois pas, même s’il faut toujours prendre au sérieux ce que disent les Russes.

Vous avez également parlé du risque nucléaire…

Ulysse Gosset : Aujourd’hui, nous sommes dans une guerre classique, grave et inquiétante, avec de l’artillerie et des missiles. Pour moi, la menace nucléaire tient plus de l’intimidation. Elle est surtout évoquée par les médias russes, qui font des projections assez hallucinantes et hystériques. Il est notamment asséné, de manière assez irresponsable, qu’un missile nucléaire pourrait détruire Paris en 200 secondes. Aujourd’hui, je n’y crois pas, même s’il faut toujours prendre au sérieux ce que disent les Russes. Quand Poutine rappelle lui-même que la Russie est une grande puissance nucléaire, c’est un peu inquiétant. Il faut en tenir compte. S’il déclenchait une frappe nucléaire, il sait aussi que l’Occident réagirait immédiatement. Si nous devinons bien évidemment qu’il n’y en aura pas, il faut néanmoins se préparer à un tel scénario, au cas où. Plus Poutine se sentira en situation de défaite, plus il risque d’avoir envie de renvoyer des armes dangereuses contenant des armes chimiques.

En tant qu’éditorialiste reconnu, et correspondant à l’étranger pendant 16 ans, quel est votre regard sur le secteur du tourisme ?

Ulysse Gosset : J’ai effectivement été un voyageur professionnel en tant que correspondant à l’étranger. Pendant cette période – 9 ans aux États-Unis, 7 ans en Russie -, j’ai d’ailleurs été plus présent à l’étranger qu’en France. Le tourisme a complètement changé, c’est devenu une puissante industrie. Le secteur se développe partout sur la planète, fait des millions de personnes dans le monde, et participe au développement des pays. C’est son impact positif. Le voyage a aussi des conséquences négatives, notamment sur l’environnement. Tout n’est pas idéal, mais c’est quand même extraordinaire de permettre de faire découvrir la planète. Le tourisme permet des échanges à tout point de vue, économiques comme culturels, avec un vrai esprit de découverte et d’ouverture sur le monde. C’est très important de sortir de notre vision hexagonale.

On n’est pas obligé d’aller dans le Grand Canyon ou sur le Lac Baïkal pour passer de bonnes vacances.

Compte tenu de l’urgence climatique, quelle est la responsabilité du voyageur et des acteurs du secteur ?

Ulysse Gosset : Le réchauffement climatique est devenu extrêmement visible partout. Ce qui doit nous obliger à réfléchir à notre mode de voyage et de consommation touristique. Il faut voyager moins souvent, et plus longtemps, c’est évident. Et si possible plus près de chez soi. Il faut aussi demander aux entreprises et aux responsables de l’industrie touristique de prendre des mesures efficaces pour réduire les émissions de CO2. Je ne suis pas un spécialiste de ces questions. Mais je constate que les entreprises du secteur font des efforts, qu’il faut amplifier. Le fait que les constructeurs aéronautiques soient soumis à la pression du grand public est aussi important. Tout le monde doit participer à l’effort collectif, y compris les voyageurs dans leurs comportements. L’utilisation mesurée des serviettes dans les hôtels en est une illustration.

Donc, pour vous, il faut surtout redoubler d’efforts pour réduire l’empreinte carbone des voyages internationaux…

Ulysse Gosset : Un point important pour moi. C’est difficile de dissuader de voyager en raison du réchauffement climatique. Cela me fait penser aux réactions des pays émergents, quand les pays ont confirmé leur intimation de stopper le recours au charbon alors que nous en avons profité pendant des siècles. C’est plutôt injuste, je peux comprendre leur réaction d’incompréhension. De la même manière, il est difficile de dire aux Français et aux Européens de ne plus voyager sous prétexte que cela pollue. Il est urgent de trouver des solutions permettant de rendre les voyages plus éco-compatibles. C’est vrai dans le tourisme comme dans le reste de l’économie et de la société. Incontestablement, le tourisme est un facteur de développement dans les pays pauvres ou qui n’ont pas d’autres capacités de ressources industrielles. S’il est à l’arrêt, le pays peut replonger dans la pauvreté, son essor économique être enrayé, avec un risque grave d’appauvrissement. D’où l’importance de réfléchir à des solutions permettant de maintenir l’activité touristique en limitant les effets néfastes. L’urgence climatique va certainement amener les professionnels du tourisme à entamer une forme de révolution. La réflexion s’impose à nous également en tant que première destination mondiale, avec 100 millions de visiteurs internationaux. La France est obligée d’être en pointe sur ces sujets puisqu’elle est l’un des premiers pays impactés par le tourisme de masse.

Et vous, comment et où voyagez-vous ?

Ulysse Gosset : J’ai eu la chance de découvrir le monde jeune, de l’Asie à l’Amérique latine… J’ai découvert des lieux fantastiques grâce à mon travail de journaliste. Par conséquent, aujourd’hui, j’aime beaucoup redécouvrir les richesses de la France, qui est une destination extraordinaire. On n’est pas obligé d’aller dans le Grand Canyon ou sur le Lac Baïkal pour passer de bonnes vacances.

Leave a Reply

Your email address will not be published.