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Le patron breton Charles Cabillic veut électrifier l’aviation régionale, Racheter et Fusionner

Charles Cabillic voit haut et loin. En reprenant la petite compagnie aérienne bretonne Finist’air, l’homme d’affaires fondateur du groupe du numérique W3 à Brest, prend position pour l’avenir. Cet entrepreneur, centralien de 49 ans, veut créer un « laboratoire de l’aviation décarbonée et une compagnie pionnière de l’aviation électrique ».

Finist’air a déjà amorcé son virage écoresponsable avec une offre découverte du pilotage du premier avion électrique certifié au monde, le Pipistrel Velis Electro . Ce biplace, en colocation avec l’aéroclub de Brest, a pour vocation de « préparer la future réglementation d’avions de lignes hybrides ou électriques de plus grande capacité. » Charles Cabillic ambitionne également de devenir leader de la location d’avions électriques et hybrides. Il a créé, il ya un an et demi, le loueur Green Aerolease qui est passé une première commande de 50 Velis Electro.

Le transport aérien régional sera, selon lui, le premier bénéficiaire de cette révolution électrique. « Le potentiel pour les aérodromes régionaux est incroyable. Des avions de quatre ou six places devaient être certifiés aux environs de 2023, puis des neuf à dix-neuf places d’ici à 2025 », assure le chef d’entreprise qui prévoit également que « les coûts de maintenance et d’exploitation de ces nouveaux avions sont marginaux ». Une heure de vol devrait coûter de 30 à 50 % de moins qu’actuellement. Charles Cabillic entend donc faire de sa compagnie Finist’air l’une des toutes premières à s’équiper d’aéronefs électriques.

Désenclaver la pointe bretonne

Cette compagnie aérienne bretonne est née 1981 à l’initiative du Conseil départemental du Finistère, sous forme de société d’économie mixte . Sa mission d’origine était d’assurer la liaison entre Brest et l’Ile d’Ouessant, hors saison d’été, avec un Cessna Grand Caravan de neuf places. En 2015, après la loi NOTRe, la Région Bretagne a repris cette délégation de service public. C’est elle qui a cédé l’entreprise, en mars 2020, à W3, un groupe qui compte une vingtaine d’entreprises et 150 collaborateurs pour un chiffre d’affaires consolidé de 20 millions d’euros.

« Je n’ai pas racheté Finsit’air pour gagner de l’argent mais pour désenclaver le territoire de Bretagne et en faire une compagnie aérienne pionnière de l’aviation électrique régionale. En cédant Finsit’air, la Région a plus « acheté » un projet que vendu une entreprise », précise l’entrepreneur. Charles Cabillic avait déjà investi dans l’aérien puisqu’il est cofondateur de la plateforme de location d’aviation privée Openfly.

Le désenclavement du territoire a déjà commencé. En juin 2020, Finist’air a acquis un second Cessna Grand Caravan, financé par la Région, et ouvert en septembre 2020 la ligne Brest-Nantes, suivi pendant l’été 2021 de deux rotations, Brest-Belle-Ile et Vannes-Belle -Ile. En novembre 2021, il a ouvert la liaison Bordeaux-Brest, deux fois par semaine, pour stimuler l’économie bretonne par le transport d’affaires. « Nous acheminons des salariés de PME et de grandes entreprises telles Arkea ou Thales. » Un Rennes-Belle-Ile à vocation touristique est en projet pour cet été. Seule la ligne Brest-Ouessant reste subventionnée par la Région qui comble son déficit d’exploitation.

Une PME d’une dizaine de salariés

Malgré la fermeture des lignes liées à la pandémie pendant quatre mois en 2020, Finist’air a réalisé un million d’euros de chiffre d’affaires. Charles Cabillic a actionné des mesures de chômage partiel, contracté un PGE de 90.000 euros et amélioré d’un coup de pouce de la Région, « le reste des pertes étant financé sur fonds propres ». En 2021, l’augmentation du trafic a été de 20 à 30 % selon les lignes, car « les besoins des îliens sont bien réels. Le transport d’insulaires, d’artisans, d’analyses médicales, de fret, de produits pharmaceutiques ou à valeur d’urgence est une nécessité. » Optimiste, Charles Cabillic prévoit l’équilibre financier dès cette année.

Pour se faire connaître, la compagnie a créé de toutes les pièces des outils numériques . « Un site internet, une billetterie en ligne, une connexion avec Amadeus, le système de réservation des agences de voyages… Tout a été réalisé en interne chez W3 pour 100.000 euros », explique l’entrepreneur. Cette conduite du changement s’accompagne du recrutement de sept nouvelles personnes sur les dix salariés que compte le transporteur aérien. « Avec un peu de recul, je pense que j’aurais dû mieux accompagner ces mutations avec plus de communication en interne et d’implication des collaborateurs. »

Quant à l’objectif de devenir l’une des premières compagnies aériennes régionales électriques, Charles Cabillic sait que le chemin sera pavé de difficultés. Il cite volontiers le patron britannique Richard Branson , le fondateur du groupe Virgin : « Devenir millionnaire, c’est facile. Commencez milliardaire puis achetez une compagnie aérienne. » Sauf que le patron brestois n’est pas milliardaire. Mais il est prêt à relever le défi, contre vents et marées. « Quand on croit à quelque chose, il ne faut pas s’arrêter à la première tempête. » Surtout à la pointe d’Ouessant !

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