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C’est quoi Hexplo, la plateforme web qui se rêve en « Waze » des cyclotouristes ?

De Paris pour rejoindre Berlin, il vous faudra pédaler sur 1.047 km. Avec quelques jolies montées en chemin si on en croit Hexplo, qui détaille tout le profil du parcours en un graphique, à la manière de ceux qui décorent chaque étape du Tour de France. Le site vous promet 93 % de routes goudronnées, dont 43 % de pistes cyclables, 9 % de petites routes départementales et 48 % de routes qualifiées de « tranquilles ».

Hexplo propose d’office un programme tranquille, en 22 jours, à raison de 42 kilomètres à avaler quotidiennement. C’est le mode tranquille, mais il est possible de faire varier cette ration quotidienne. Du mode sportif (en 11 jours) à celui en famille (105). En fonction du rythme choisi, le calculateur d’itinéraire propose à chaque fois un plan détaillé, sur carte, de vos étapes.

Emmanuel Brault, 23 ans, a fondé Hexplo, plateforme web, qu’il espère compléter au plus vite d’une application et qui aide les cyclotouristes à planifier leurs séjours. – @Emmanuel Brault

« L’avenir est aux vacances à vélo »

Derrière Hexplo, lancée officiellement fin avril, sur trouve Emmanuel Brault, 23 ans, de Boulogne-Billancourt. Fraîchement diplômé de l’école d’ingénieurs Central Lille – « avec un cursus très axé sur l’entrepreneuriat », précise-t-il, le jeune homme n’a pas tardé à se lancer dans le grand bain. En prévoyant sa première entreprise dans le domaine de sa passion : le cyclotourisme. « Le premier périple, c’était un La Rochelle-Bordeaux, en 2018, avec un pote, raconte-t-il. J’ai adoré. Je ne pensais pas être autant dépaysé et autant déconnecter en restant aussi près de Paris. »

Suivront la Bourgogne à vélo, puis Saint-Malo – Morlaix, Amsterdam-Paris ou encore Paris-Bordeaux. Autant de périples qui le conforteront dans son idée que « l’avenir est aux vacances à vélo », ne serait-ce parce qu’il a l’avantage d’avoir un très bon bilan carbone. Une conviction de plus en plus partagée ? « La France se positionne aujourd’hui comme la deuxième destination mondiale pour le tourisme à vélo après l’Allemagne, avec plus de neuf millions de séjours cyclistes par an », se félicite le ministère de l’Économie. La crise du Covid-19 n’a fait qu’amplifier le phénomène, ajoute Florent Tijou, chargé de mission à France Vélo Tourisme, association accompagne les collectivités dans la valorisation de leurs itinéraires cyclables. Pour preuve, les records de fréquentation de son site : « Plus 111 % entre 2019 et 2021 », annonce-t-il, en estimant que la hausse devrait se poursuivre encore cette année.

Calculer son itinéraire, mais aussi trouver des hébergements…

Reste à faciliter la vie de ces vacanciers à bicyclette, surtout lorsqu’ils veulent sortir des « EuroVélo », ces grands itinéraires bien balisés comme la Loire à Vélo, la Vélodyssée (entre Roscoff et Hendaye) ou encore la Via Rhôna. Dans cette optique, le calculateur d’itinéraire de Hexplo peut être utile. « D’autres proposent un outil similaire, précise Florent Tiju. A commencer par France Vélo Tourisme, « mais aussi Geovelo ou encore deux allemands qui se sont lancés ces dernières années en France, liste-t-il. Komoot, plus pour les cyclistes aguerris et Outdooractive. »

L’outil est d’ailleurs accessible sur la partie gratuite d’Hexplo et permet de planifier ces voyages sur une grande partie de l’Europe. Mais le Boulonnais veut aller plus longe. « Une fois l’itinéraire tracé et les étapes fixées, la plateforme permet de trouver et de réserver les hébergements, de faire la même chose pour les billets de train ou encore de repérer des lieux d’intérêt proche de votre itinéraire », détaille Emmanuel Brault . C’est le principal « plus » d’Hexplo pour son fondateur, qui a construit son projet en interviewant une trentaine de cyclotouristes réguliers pour comprendre leurs besoins. « Tous ont déjà leurs outils fétiches pour construire leur parcours, trouver un logement, réserver un billet de train, explique-t-il. En revanche, aucun ne réunit tous ses services sous une même plateforme. C’est ce que vis justement Hexplo. »

Emmanuel Brault dit ainsi avoir d’ores et déjà intégré à son site Internet 30.000 lieux d’intérêt, ainsi que 700 hébergeurs de cyclos, 7.000 points de bivouac, « mais aussi toutes les offres indiquées sur Booking grâce à un partenariat avec la plateforme », précise-t-il. C’est l’accès à cette seconde partie payante. « Trente euros par an, glisse Emmanuel Brault, en ajoutant que ce forfait offre aussi l’avantage d’enregistrer et de télécharger son itinéraire.

Devenir le « Waze » du cyclotouriste

Hexplo commence tout doucement. Tout début mai, le jeune entrepreneur comptait entre 30 et 40 abonnés à sa plateforme. A terme, Emmanuel Brault cherche à créer le « waze du cyclotouriste ». Une référence à cette application mobile d’aide à la conduite automobile prise des conducteurs automobiles et qui fonctionne sur le principe de la production participative. Autrement dit, les utilisateurs enrichissent eux-mêmes l’application en contenus. « L’idée est la même avec Hexplo, imagine déjà Emmanuel Brault. Mais plutôt que de signaler des radars ou des embouteillages, les utilisateurs seront invités à enregistrer des lieux de bivouac, des hébergements, des centres d’intérêt qu’ils ont appréciés. »

Pour cela, il faut qu’Hexplo ne se limite pas à une plateforme web, mais se décline aussi en application mobile. « Le chantier prioritaire, indique Emmanuel Brault qui, dans l’idéal, aimerait avoir cette application disponible d’ici cet été. « Mais pour cela, il me faudra recruter et, au préalable, trouver des fonds » glisse-t-il. L’autre défi sera de grossir au plus vite la communauté d’abonnés. « La clé de la réussite pour proposer le contenu le plus riche possible, mais aussi acquérir de nouveaux services », estime Florent Tijou. Si France Vélo Tourisme n’a pas dans les cartons le projet de lancer une application mobile, ni de développer l’aspect collaboratif, « en revanche, un nombre croissant d’acteurs se lancent sur cette idée, adoptez-il. Tous, bien souvent, avec cette ambition de devenir le Waze des cyclotouristes. » Bref, il y a de la concurrence. Dans ce contexte, Emmanuel Brault fait tout de même le choix du payant. « Au départ, j’avais cette idée que pour démocratiser un service, il fallait le rendre gratuit, énonce-t-il. Mais cette stratégie comportait ce risque de construire une plateforme pour plaire d’abord à mes partenaires avant les cyclotouristes. Ce que je ne voulais surtout pas. » Et puis, là encore, le jeune entrepreneur dit avoir fixé le prix de l’abonnement à partir de ses entretiens avec des cyclotouristes aguerris : « Trente euros par an, ce n’est pas un obstacle, m’ont-ils dit » .

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