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Jean Valli, le baron français des jets privés

Dans le secteur ultra-concurrentiel de l’aviation privée, la compagnie tricolore VallJet, fondée par Jean Valli, est devenue leader en moins de quinze ans.

L’aviation d’affaires n’est plus réservée aux géants du Cac 40 et aux milliardaires. C’est avec cette intuition que Jean Valli, alors grossiste en papier, a créé sa compagnie, en 2008. Quatorze ans plus tard, VallJet est devenue la première entreprise française indépendante du secteur. Sa flotte a atteint ce mois-ci la barre symbolique des 30 appareils pour un chiffre d’affaires de 63 millions d’euros en 2021, en hausse de 45%.

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La PME basée au Bourget, premier aéroport européen d’aviation d’affaires, gagne même de l’argent dans ce marché très réglementé et ultra-concurrentiel. Elle affronte des géants comme l’américain Netjets ou le luxembourgeois Jetfly. Car les avions coûtent cher, leur entretien aussi. Nombreux sont les petits acteurs qui y laissent des plumes. L’histoire VallJet commence au début des années 2000. Jean Valli fournit alors la plupart des groupes de presse et les imprimeries d’Europe en papier. Pour optimiser ses déplacements, il achète un premier avion en 2002, un Beechcraft king Air 90. Pour aller plus vite, il le remplace en 2006 par un petit jet, le Cessna Citation II. Prix ​​catalogue : 3 millions d’euros.

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Mais le chef d’entreprise déchante vite. Il constate l’indisponibilité chronique de son appareil géré par une petite compagnie alsacienne. « Soit le jet était en maintenance, soit il était en vol avec quelqu’un d’autre, soit on ne trouvait pas de pilote, se souvient-il. C’est agaçant d’acheter un jouet dont on ne peut pas se servir.»

Sa flotte se répartit en quatre familles, dont celle des Embraer 145, très prisés des clubs de football professionnels

En 2007, il rencontre deux autres mécènes, dont Waldemar Kita, le président du FC Nantes, qui ont le même avion que lui et, du coup, les mêmes problèmes. D’où leur idée de créer ensemble leur propre compagnie, VallJet, dont ils détiennent chacun un tiers du capital. Plus disponible et motivé, Jean Valli en prend la direction opérationnelle. L’instantané, un exploit, le certificat de transporteur aérien, achète d’autres avions et se met en quête de pilotes. «En 2007, il n’y en avait pas sur le marché. Nous avons fini par embaucher deux anciens de la compagnie Air Liberté. » Hélas, la crise financière de 2008 brise leur élan. Les clients deviennent rares. Le chiffre d’affaires plonge. Et les pertes sont colossales.

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L’intérieur d’un Cessna Citation.

©DR

Place donc aux mesures d’austérité : VallJet se recentre sur une flotte de cinq Cessna Citation, le plus petit des jets d’affaires, abandonne ses bureaux chics et se sépare de la plupart des salariés. Un remède de choc qui se révèle payant. La perte de 2008 est effacée en moins de cinq années. 2015 marque le début d’une nouvelle étape avec l’acquisition d’un avion plus gros, un Hawker 800. De quoi séduire une nouvelle clientèle : cet appareil vole plus longtemps (5 000 kilomètres) et offre un vrai confort. Puis tout s’accélère. « On est allé jusqu’à acquérir près d’un avion par mois », raconte Jean Valli. La pandémie a conforté cette stratégie. « L’aviation privée connaît une euphorie sans précédent, poursuivez. Il y a même une pénurie d’appareils sur le marché. Les entreprises se sont aperçues que c’était un outil de mobilité sans équivalent. »

Aujourd’hui, sa flotte est répartie en quatre familles, dont celle des Embraer 145, des avions « feito no Brasil » de 50 places très prisés des clubs de football professionnels. La compagnie peut désormais répondre à la plupart des demandes du marché. Elles lui sont adressées à 70 % par des intermédiaires, des courtiers. Sur leur plateforme Avinode, les équipes de Valljet peuvent ainsi plus de 1500 requêtes par jour dans les fortes périodes de l’année, parfois pour faire voyager des célébrités américaines. Atout décisif : des tarifs moins élevés que ceux de la concurrence. En prenant une carte club, les entreprises détiennent un quota d’heures à prix cassés. La compagnie propose également sur son site des réductions pour les vols à vide. Tout irait pour le mieux sans la flambée des cours du carburant : 500 à 600 euros de plus sur une facture de 10000 euros. Le seul nuage d’une trajectoire qui échappe pour l’instant aux turbulences.

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