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Dassault Aviation ralenti par un mouvement social minoritaire mais persistant

“200 balles ou pas de Rafale !” ous “Pas de pognon pas d’avions !” Ce sont les slogans régulièrement repris par les salariés manifestants sur les sites de production de Dassault Aviation à Martignas et Mérignac, en Gironde. Car le conflit social en cours depuis plus d’un an au sein des différents sites de l’avionneur tricolore ne concerne pas tant l’obtention ou pas d’augmentations salariales mais le montant de ces revalorisations. Pour recontextualiser ce mouvement de protestation mené par trois syndicats minoritaires – CGT, CFDT et FO – il faut revenir quelques mois en arrière.

“Vendredi, usine vide”

Barrages filtrants matinaux, feux de palettes, débrayages intempestifs pour bloquer des avions et autres grèves perlées d’un quart d’heure toutes les deux heures ont débuté début 2021 au sein de plusieurs sites de l’avionneur, particulièrement dans le Sud-Ouest, en Gironde et dans les Pyrénées-Atlantiques. “Ces “vendredi, usine vide” ont été déclenchées par les accords NAO (négociations annuelles obligatoires) de 2020/2021 sur deux ans liés à la pandémie de Covid-19. Tous les avions ont été livrés à temps permettant à l’entreprise d’engranger des bénéfices très importants mais les NAO n’étaient que de +0 % en 2020 et +0,5 % en 2021 pour les augmentations générales”dénonce Anthony Dupuy, délégué syndical CGT du site de Mérignac où travaille plus de 2.000 personnes.

Entre temps, Dassault Aviations et l’Etat français ont décroché une série de contrats pour placer le précieux Rafale auprès de puissances étrangères. Au total, 285 Rafale (dont 24 d’occasion), ont été vendus à l’export dans sept pays dont 182 depuis le 1er janvier 2021. Le dernier en date étant les 42 exemplaires représentés en Indonésie en février dernier. De quoi garnir durablement les carnets de commande et même nécessiter de revoir les cadences de production à la hausse.

Rafale : combien de créations d’emplois en Nouvelle-Aquitaine ?

En plus des blocages visant à ralentir la production, les grévistes mènent des actions symboliques comme ici à Martignas (crédits : CGT).

Malgré l’opposition de la CGT (3e syndicat représenté avec 17 %), rejointe par la CFDT (2e syndicat avec 20 %) et FO (5e), ​​deux syndicats majoritaires ont validé en décembre dernier l’accord de NAO. Il s’agit de la CFE-CGC, 1er syndicat représenté avec 42 %, et de l’Unsa (4e avec 15 %). “C’est un bon accord, le meilleur depuis 2009, qui couvrira largement la baisse de pouvoir d’achat attendue pour l’année 2022”, ait expliqué à La Tribune Didier Denaud, délégué syndical CFE-CGC. L’accord signé prévoyait, pour les salariés non cadres, un budget d’augmentation salariale de 3,5 % de la masse salariale et, pour les salariés cadres, une enveloppe de 3,75 %. Auxquelles s’ajoutent des primes pouvoir d’achat et Rafale. “On ne veut pas de primes, on veut des revalorisations salariales pérennes”, répond la CGT.

Nouvelles négociations en cours

Pas de quoi éteindre la mobilisation qui continue sur tous les sites de l’avionneur sauf à Istres, situé sur une base militaire, et Saint-Cloud, le siège où travaillent surtout des cadres. Au total, la direction avance le chiffre de 6,6 % de grévistes depuis deux mois, par rapport à l’effectif total, tandis que la CGT assure que “50 % des salariés de production des avions sont mobilisés”. “Le mouvement ne s’essouffle pas, bien au contraire, et la présentation des résultats financiers du groupe le 4 mars comme les futures commandes de Rafale vont donner de l’eau à notre moulin”, promet Anthony Dupuy, électricien-monteur sur le Falcon 6X. Ce qui est sûr c’est que ce mouvement social persistant a poussé la direction de Dassault Aviation a ouvert de nouvelles discussions début 2022 et à reconnaître que “globalement, les mouvements ralentissent le travail” avec “des conséquences très variables d’un site à l’autre”.

La dernière réunion, qui s’est tenue le 17 février, un d’ailleurs a été nourrie de propositions chiffrées de la direction : une augmentation générale pour les salariés de non-cadres de 100 euros bruts par mois, incluant les NAO 2022, soit une hausse de +5,4 % pour les plus bas salaires. Avec les primes, la direction estime que cela représente une hausse de 188 euros bruts mensuels. Des avancées avancées retoquées par le syndicaliste CGT Anthony Dupuy : « On a dit à la direction que tant qu’il ne reviendrait pas avec une proposition d’augmentation de 200 euros nets pour tous les salariés cadres et non-cadres, le conflit avéré !« De son côté, la CFDT demande une revalorisation de 140 euros nets par mois.

Portée par les commandes Rafale et le boost de l’aviation civile, Dassaut a généré un chiffre d’affaires au 1er semestre 2021 supérieur à celui de 2019, à 3,1 milliards d’euros. Son bénéfice net a été multiplié par sept à 212 millions d’euros, encore inférieur toutefois à son montant d’il y a deux ans (286 millions).

Porté par les exportations de Rafale, Dassault Aviation boucle un premier semestre en pleine santé