Categories
Actu france Environnement Monde Sport Tourisme Vacances

Carcassonne : elle part faire Saint-Jacques de Compostelle seule… et sans argent

Partie de son village natal dans la Meuse le 14 février dernier, Sylvie Christophe, alias “Sylvie de France”, était de passage à Carcassonne, sa ville d’adoption, avant de poursuivre son périple. Elle en a profité pour nous parler de ce défi, visant à mettre en avant des rencontres humaines authentiques.

“Je pars le matin, je ne sais pas où je vais dormir le soir. Je suis quelqu’un de libre.” Sylvie Christophe ne s’embarrasse plus des questions qu’elle s’est posées des années durant, alors qu’elle menait de front sa vie professionnelle et l’éducation de ses enfants. Jusqu’au jour où, sa progéniture volante de ses propres ailes, l’intéressée a aussi vérifié le besoin de mettre les voiles, de voir de nouveaux horizons.

Celle qui est Carcassonnaise depuis une dizaine d’années se plaît ainsi à aller là où le vent la porte, se rebaptisant “Sylvie de France” sur les réseaux sociaux. “SDF” : des initiales qu’elle revendique, symboles aussi de son attachement à se rendre auprès des “invisibles” et à leur tendre la main. Il y a quelques mois, Sylvie lançait ainsi une cagnotte en ligne pour financer l’achat d’un camping-car dans le but de dépanner les personnes en galère. Aujourd’hui, c’est au travers d’un pèlerinage bien connu qu’elle s’emploie à remettre l’humain au centre du jeu.

“J’étais revenue voir ma mère, dans la Meuse, quand j’ai évoqué avec une femme qui venait de faire Saint-Jacques de Compostelle. Je me suis dit que c’était une bonne idée.” De quoi en effet motiver Sylvie, grosse rodée sportive à la course à pied et à la muscu. “En revanche, je n’avais jamais fait de rando”, tempère-t-elle. Qu’importe, sa décision était prise. Le 14 février dernier, l’intéressée accomplit ainsi la route depuis son département natal. Elle était de retour à Carcassonne le 24 avril afin de faire son devoir de citoyenne à l’occasion du deuxième tour de la présidentielle, puis devait passer par Pont Saint-Esprit, Avignon, Miramas et… l’Italie. “Je veux aller voir le pape, au Vatican. Juste par curiosité !”

Moi qui ne suis personne, qui n’ai pas d’argent, je voulais savoir ce que je pouvais malgré tout apporter à l’autre au fil de mes rencontres

On l’aura compris : le pèlerinage de “Sylvie de France” ne ressemble à aucun autre, mais correspond tout à fait à une personnalité attachée à aller où bon lui semble. “Lorsque je travaillais et que j’élevais mes enfants, je rêvais, à l’approche de la cinquantaine, de partir un beau jour sans bagage, juste avec mon sac à dos. C’est ce que je fais aujourd’hui !” Car contrairement à la plupart des pèlerins, la Carcassonnaise n’a que très peu planifié son voyage, au point de mener même son périple “sans argent”. Une démarche osée mais qui répond, ici encore, à une certaine philosophie de vie.

“Moi qui ne suis personne, qui n’ai pas d’argent, je voulais savoir ce que je pouvais malgré tout apporter à l’autre au fil de mes rencontres.” C’est ainsi moins la destination, en Espagne, que les multiples personnes croisées en chemin qui guident les pas de Sylvie. “Il m’est arrivé de dormir à la belle étoile, en forêt, mais lorsque j’arrive dans un village, je m’efforce de me rendre à la mairie avant 17 heures afin de me renseigner sur un lieu où passer la nuit. Et très souvent, le maire trouve une solution ! J’ai même dormi dans un château, mais j’ai surtout fait la connaissance de gens formidables.”

C’est tout l’enjeu de l’aventure, qui pousse Sylvie à aller autant que possible vers son prochain. “Si à un moment je devais accélérer, je ferais du stop… mais je ne prendrai pas le train !” Il n’est sans doute pas donné à tout le monde d’oser une telle expérience. Sylvie, elle, n’est pas près de troquer sa liberté contre un surplus de confort.

A lire aussi :
Carcassonne : d’un pignon sur rue piétonne au chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle à vélo

A lire aussi :
Vinassan : il parcourt 750 km sur le chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle

A lire aussi :
Limoux : ils ouvrent un sentier vers Saint-Jacques-de-Compostelle

Donner la parole aux oubliés

Attachée au partage, Sylvie souhaite que son voyage contribue à mettre en avant toutes les personnes qui pourront croiser sa route. Des anonymes auxquels la Carcassonnaise souhaite donner la parole. “Je voudrais monter une sorte de spectacle où tous ceux que j’ai rencontrés, et qui m’ont aidée, pourraient monter sur scène et se raconter. Que ce soit des clochards, des serveurs… Je veux mettre en lumière ces catégories de gens qu’on finit par ne plus remarquer.” L’intéressée se prend même à voir plus loin, imaginant transporter ce concept de “scène tout en marchant” au travers d’un tour d’Europe. “C’est donner la parole à des personnes qui, d’elles-mêmes, n’oseraient pas la prendre.” Une chose est sûre, on ne l’arrête plus.

Leave a Reply

Your email address will not be published.