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Accueillir des Ukrainiens au lieu de partir en vacances

Outrée par l’invasion russe en Ukraine une famille de Chicoutimi a mis de côté ses projets de vacances estivales pour accueillir quatre réfugiés avec la collaboration enthousiaste de nombreux Saguenéens.

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Mercredi à l’aéroport de Montréal, Catherine Mercier et Jessy Brown ont rencontré pour la première fois Yulia et Alexander Pavlenko ainsi que leurs enfants de 5 et un an et demi.

«Ça a été beaucoup d’émotions tant pour eux que pour nous. Ça faisait deux mois qu’on était sur l’adrénaline avec les préparatifs et tout», indique Mmoi Mercier.

Les deux couples ne se connaissaient pas avant le fatidique 24 février. Mais pour les prochains mois, ils vivront à 10 dans la maison des Mercier-Brown.

“Mon mari est un ancien militaire, explique Mmoi Mercier. Il convient à l’actualité des conflits internationaux. Dès 2020, il s’inquiétait d’une troisième guerre mondiale avec la Russie. Il a commencé à apprendre le russe à partir des fêtes pour s’informer parce qu’à cette époque on n’en parle pas beaucoup dans les médias d’ici.»

Prêt à se battre

La possibilité que M. Brown aille combattre a même été évoquée, mais la charge financière associée à cette action et la famille ont eu raison du projet.

«Dès qu’on a parlé d’accueillir une famille, ça m’a plu», révèle la dame.

Elle a déjà réalisé sa part de projets humanitaires ; en Haïti, au lendemain du terrible tremblement de terre de 2010, dans un orphelinat du Panama et au Mexique. Mais depuis, elle a donné naissance à quatre enfants.

« Sans les enfants, c’est sûr qu’on serait actuellement en Ukraine en train de faire de l’aide humanitaire » affirme-t-elle.

Pour expliquer sa décision à ses amis, Mmoi Mercier avait écrit un message touchant sur Facebook. «Je ressentais à nouveau ce foutu sentiment de ne pas comprendre pourquoi la vie est aussi douce avec moi. Sentiment que je ressens depuis toute jeune, mais qui double en puissance depuis que je suis maman.»

Démarches

Rien n’étant en place au début de la guerre pour permettre la venue des réfugiés.

C’est par les réseaux sociaux et en utilisant ses nouveaux talents linguistiques que M. Brown est parvenu à faire passer le message qu’il était prêt à héberger une famille et à entrer en contact avec les Pavlenko.


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Photo Agence QMI, Roger Gagnon

«La connexion s’est rapidement faite avec eux, révèle Mmoi Mercier. Depuis deux mois on se parlait plusieurs fois par jour. On leur envoyait des vidéos de notre quartier», lance-t-elle.

Les Pavlenko étaient depuis 24 heures dans la maison de leurs hôtes lorsque Le Journal s’est entretenu avec les deux mères de famille.

« J’appréhendais que ce soit bruyant, mais pas du tout. Ça se passe super bien. Les enfants s’entendent bien ensemble. Et comme ils ne peuvent pas se parler, ils jouent et on ne les entend pas discuter», rigole Mmoi Mercier.

Toute la région contribue

« Nous sommes si reconnaissants. Catherine et Jessy sont si gentils et si généreux. Ils nous ont offert tout ce qu’on voulait pour être confortable. Nous sommes heureux qu’en des temps si difficiles en Ukraine il y a des gens comme ça et comme leurs amis prêts à aider», a déclaré Yulia Pavlenko en anglais.

« Ils sont arrivés avec une valise, mais beaucoup de personnes nous ont donné des choses. Quand ils sont arrivés, les armoires étaient pleines», précise Mmoi Mercier.

Elle est d’ailleurs très reconnaissante envers toute l’aide qu’elle a reçue depuis que le projet d’accueillir les Pavlenko a été annoncé.


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Photo Agence QMI, Roger Gagnon

« On a distribué certaines tâches à des amis, qui prend une journée de congé pour les amener à un rendez-vous. Il y a tellement de choses à faire. Sans cette aide, on aurait dû arrêter de travailler. On s’est aussi fait de nouveaux amis par cette expérience. Des gens qu’on ne connaissait pas qui nous ont offert leur aide. C’est incroyable!», souligne-t-elle.

Prêts pour d’autres

Catherine Mercier assure que les Pavlenko seront hébergés « aussi longtemps qu’ils en ont besoin. Et selon la façon dont la situation sera évaluée en Ukraine, les Mercier-Brown sont prêts à héberger une autre famille lorsque les Pavlenko seront autonomes.

Et pour les aider à atteindre cette autonomie, ils ont même échafaudé un plan pour leur donner plus rapidement accès à la propriété. «On regarde déjà pour acheter une maison qu’on leur laisserait en location avec option d’achat», raconte Mmoi Mercier.

Alexander Pavleno était superviseur dans une usine de construction. En attendant d’avoir une reconnaissance de sa formation par le gouvernement québécois, les Mercier-Brown lui ont trouvé un emploi pour l’été chez un couvreur.

« Parmi tous les emplois qu’on a regardés, c’était parmi les plus intéressants pour le salaire. Et on a senti de la part du propriétaire qu’il était vraiment intéressé à l’aider. Surtout qu’Alexandre ne parle même pas anglais», indique Mmoi Mercier.

Des plans qui changent

La décision d’accueillir des réfugiés pousse la famille québécoise à faire une croix sur son projet de vacances estivales ; acheter une roulotte et faire la côte est américaine. Un plan qui emballait les enfants, mais que les petits ont rapidement oubliés.

« Ils sont tellement contenus ! Ils aimeraient avoir d’autres frères et sœurs. Pour eux c’était la meilleure nouvelle du monde (d’accueillir la famille)», explique la maman québécoise.


Dans son annonce sur Facebook, Catherine Mercier avait expliqué que derrière la décision d’accueillir une famille ukrainienne il y avait justement des considérations à l’endroit de ses enfants. Un message poignant que le dictateur russe et ses partisans, en Russie ou ici, aurait avantage à méditer.

«Cet été nos enfants apprendront la vie, la vraie vie. Nous leur apprendrons à être de meilleurs humains. Des humains capables d’empathie. Des humains capables de partage, de compréhension et de dévotion. Des humains capables de sacrifices pour autrui. Cet été nous apprendrons à nos enfants que le plus grand bonheur du monde découle de nos actions directement et que le sentiment de bien-être d’avoir fait la différence dans la vie de quelqu’un est le meilleur sentiment du monde.»

Protéger les enfants

La question des enfants est aussi au cœur de la décision des Pavlenko.

« Nous nous sentons enfin en sécurité. C’est la principale a choisi que nous cherchions. Si nous n’avions pas eu d’enfants, nous serions restés pour défendre notre pays. Nous l’avons fait pour elles», dit Yulia Pavlenko.

La famille habitait Kriukivshchyna, proche banlieue de Kyïv, à une vingtaine de km de Boutcha, où les Russes ont commis des atrocités sur les civils et sont accusés de crimes de guerre.

Devant les tirs de roquettes incessants, et en présence de chars ukrainiens venus les défendre, mais qui dévenaient aussi des cibles, ils ont quitté leur ville dès le lendemain de l’invasion.

Ils ont trouvé refuge dans une ville plus tranquille. Mais ils se décrivaient au huitième étage, et les alarmes de raids aériens les forçaient souvent à se réfugier dans des abris, en utilisant les escaliers, dans la nuit.

«C’était froid, poussiéreux et sombre. C’était difficile avec des enfants. Nous avons décidé de quitter», explique la maman.

Reconnaissants

Ils ont passé par la Moldavie « puisque c’était là où il y avait moins d’attente à la frontière », où ils ont passé deux mois chez un ami à préparer la paperasse nécessaire à venir au Canada.

Mmoi Pavlenko a expliqué que son mari a pu sortir de l’Ukraine puisqu’il a un troisième enfant d’une union précédente. Les hommes ayant au moins trois enfants à charge peuvent échapper à la mobilisation.

Mais l’aîné de 16 ans a finalement décidé de retourner en Ukraine et est hébergé par ses grands-parents. Une décision, sur le devine, vécue très difficilement par le père.

«Le gouvernement canadien n’est pas resté silencieux. Il aide l’Ukraine, apprécie Mmoi Pavlenko. Les pays doivent continuer à envoyer des armes lourdes, c’est très important.»

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