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Pourquoi s’en prendre à l’aviation privée ?

Le moyen de transport le plus polluant du monde

Le secteur de l’aviation privée représente à lui-seul un drame climatique et les chiffres sont vertigineux. 4 heures de vol d’un de ces appareils correspondant aux émissions carbone d’une personne durant toute une année en Europe [1]. Les émissions de CO2 des jets privés ont grimpé en flèche ces dernières années sur le continent, plus rapidement que celles de l’aviation commerciale, avec 31 % d’augmentation de 2005 à 2019. En 2019, la moitié des vols au départ de la France ont parcouru moins de 500 kilomètressoit la distance opérationnelle où les avions sont les moins performants et donc les plus polluants.

Les jets privés sont ainsi 5 à 14 fois plus polluants que l’aviation commerciale (10 fois plus s’intensifie en carbone en moyenne), et 50 fois plus que le train, et ce chiffre va s’accroître car la tendance s’oriente vers des appareils plus gros et polluants. Ce mode de transport, qui ne bénéficie qu’aux ultra-riches, est insoutenable. Ou des alternatives sont possibles : des lignes de train à grande vitesse existant sur 70 à 80 % des itinéraires les plus populaires en jet privé.

Un mode de transport statutaire pour les ultra-riches, en pleine croissance

Alors que l’aviation privée apparaît ainsi comme une industrie particulièrement polluante, elle vit pourtant actuellement son âge d’or. Et sa croissance ne semble pas prête à faiblir.

Les principaux affréteurs du secteur comme VistaJet se félicitent d’une forte augmentation de leurs activités : « entre 2020 et 2021, “le nombre de clients a connu une croissance de 50% sur un an”. L’entreprise a même réalisé « au troisième trimestre 2021, le plus grand succès de son histoire, avec 9.000 heures de vol de plus qu’à la même période en 2019 » [2]. Un chiffre confirmé par des données plus globales du cabinet WingX [3]qui précise qu’au début du mois de novembre 2021, les records de 2019 étaient déjà battus, avec des entreprises du secteur, affréteurs comme constructeurs, qui peinent à répondre à la demande. Les chiffres étaient pourtant déjà impressionnants avant la crise : 1 vol sur 10 au départ de la France en 2019 était effectué en jet privé.

Ce rattrapage rapide sur des niveaux d’avant Covid et au-delà s’explique certes par un ralentissement des lignes régulières, mais aussi et surtout, pour ceux qui en ont les moyens (s’ils n’en sont pas seuls les utilisateurs, d’après l’ONG Transport & Environnement, la fortune moyenne des propriétaires de ces machines à polluer est estimée à 1,3 milliard d’euros) par une volonté d’éviter de se joindre à de nombreux passagers des vols commerciaux et de limiter ainsi les risques de contagion en cette période de pandémie. Les prix, à priori prohibitifs (comptez au minimum 5 000 euros l’heure de vol pour les court-courriers), ne semblent pas être un frein pour les plus riches. Toujours auprès de Capital, le vice-président de VistaJet précise la moyenne de facturation de son côté : « 25 000 euros de l’heure avec un minimum de cinq heures, soit 125 000 euros par vol ». Indécent.

L’aviation privée, parfaitement inaccessible à l’essentiel de la population, apparaît ainsi comme un mode de transport statutaire pour les très riches, qui manque rarement de s’afficher dans ces engins sur les réseaux sociaux. Ils font ainsi sécession dans leur façon de se déplacer, en faisant fi de l’impact environnemental désastreux qui en résulte.

L’inaction coupable des autorités publiques

Tant au niveau européen que national, la réponse des autorités publiques à la croissance impressionnante de l’aviation privée n’est pas au niveau, si ce n’est inexistante, face à l’impact climatique dont cette industrie est coupable.

Alors qu’elle est très en retard sur ses ambitions climatiques, l’Union européenne (UE) a présenté en juillet dernier son « plan pour le climat » qui comprend notamment un projet de taxation du kérosène aérien à partir de 2023 : malheureusement cette taxe, qui doit augmenter progressivement sur 10 ans, devrait épargner les jets privés. Une aberration ! De la même façon, les jets privés sont également exemptés du système d’échange de quotas d’émission de l’UE.

En France, lors de l’examen de la loi « climat et résilience » en 2021, la majorité a rejeté les propositions visant à amender le texte pour inclure les jets privés dans l’interdiction des vols à l’intérieur du territoire français pour lesquels une alternative en train d’une durée inférieure à 2h30 existe. Une preuve supplémentaire que ce secteur échappe à la plupart des réglementations écologiques. Tout simplement, aucun projet contraignant n’est aujourd’hui engagé pour réduire l’activité de l’aviation privée.

La réalité sort alors de tout cadre logique. En France, le taux d’imposition pour les carburants de ces avions d’affaires est entre 35 % et 40 % inférieur à celui de l’essence pour les automobiles : un avantage fiscal pour les plus richesses par rapport au reste de la population voyageant en voiture et en train. La Convention citoyenne pour le climat avait d’ailleurs proposé d’aligner ces taux, et de la même façon, essuyé un veto gouvernemental.

On ne peut pas retirer au gouvernement sa cohérence. De la même façon que cette fiscalité privilégie avantageusement les ultra-riches qui circulent dans ces avions polluants, le mandat Macron n’a pas manqué de faire preuve d’injustice dans ses mesures fiscales. La suppression de l’ISF dès le début du mandat et la mise en place de la taxe forfaitaire ont largement contribué à enrichir ceux qui l’étaient déjà bien assez. Pire encore, le dernier rapport d’Oxfam [4] révèle que la fortune des ultra-riches, sous l’effet des aides massives sans contreparties de l’État, a augmenté plus rapidement en 19 mois qu’au cours des dix dernières années. De mars 2020 à octobre 2021, les richesses des grandes fortunes françaises ont bondi de 86 %, c’est-à-dire un gain de 236 milliards d’euros au total. Les ultra-riches, qui sont d’ailleurs souvent des dirigeants de multinationales polluantes, ne savent vraisemblablement plus quoi faire de tout cet argent et ont massivement recours à l’aviation privée, qui malgré ses tarifs exorbitants se développent à grande vitesse. Pendant ce temps, une part importante de la population se précarise…

Finalement, on peut déplorer que la seule action initiée par le gouvernement sur le sujet consiste à criminaliser l’action des activistes qui dénoncent ces crimes climatiques. L’aviation commerciale est visiblement un sujet sensible dont l’image ne doit pas être écornée. En juillet 2021, l’Assemblée nationale a adopté en catimini un projet de loi gouvernemental [5] qui sanctionne « le délit d’intrusion sur une piste d’aéroport » de six mois d’emprisonnement et de 7 500 euros d’amende. Une sanction portée à un an d’emprisonnement et 15 000 euros d’amende “lorsqu’elle est commise en réunion”.

Revendications

Nous demandons :

  • que l’inclusion de l’aviation privée dans le projet européen de taxation du kérosène aérien soit une priorité de la présidence française de l’Union européenne, et que ces mesures incitatives aboutissent, à terme, à la simple interdiction d’usage du jet privé ;
  • la mise en place d’une taxation ambitieuse des grands patrimoines (dont un ISF renforcé), permettant une juste contribution des plus riches à la lutte contre les inégalités sociales et au financement de la bifurcation écologique.

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