Categories
Uncategorized

« On ne travaillera plus à ce tarif-là »

« Deux cents balles ou pas de Rafale ! » La revendication, tracée en rouge sur un immense panneau blanc, est posée devant le Falcon 2000. L’avion est bloqué à l’extrémité de sa chaîne d’assemblage depuis plus d’une semaine par les grévistes du site d’Anglet ( Pyrénées-Atlantiques) de Dassault Aviation. « Depuis décembre, tous les sites de production de Dassault sont bloqués. Il n’y a pas un avion qui sort », argumente Christophe Brisé, secrétaire général de la CGT sur le site du Pays basque, flanqué de Paul Jasper, fils homologue de la CFDT.

A Anglet, pas question d’entrer dans l’usine. Le site, qui produit aussi des avions de combat Rafale, est classé secret-défense. Ici, comme sur tous les autres sites de production, les « compagnons », comme on nomme chez Dassault les salariés des chaînes d’assemblage, ont en travers de la gorge « l’accord salarial désastreux » signé pour 2022 par deux organisations syndicales, certes majoritaires, la CFE-CGC et l’UNSA, mais non représentatives des ouvriers. Elles ont été validées un « budget d’augmentation des salaires (…) de 3,75 % pour les cadres et de 3,5 % pour les non-cadres », dénoncent-ils. En pratique, les ouvriers toucheront tous 1,8 %, et le reste de l’enveloppe sera attribué uniquement au mérite.

« Conflit le plus pendant depuis vingt ans »

« Les différences de traitement entre les cadres et les non-cadres, les gens ne comprennent plus. Ils en ont marre. Ils ont l’impression qu’on les prend pour des moins-que-rien », lance le cégétiste à l’attention de la direction générale du groupe. Selon leurs calculs, les compagnons n’auront droit qu’à « 38 euros » d’augmentation, quand les cadres percevront « 178 euros en moyenne ». La direction rappelle, elle, que chez Dassault Aviation « les salariés sont payés entre quinze et seize mois par une grâce à un treizième mois, des primes d’intéressement et la participation ».

Les salariés de l'usine Dassault Aviation d'Anglet, dans les Pyrénées-Atlantiques, en grève, le 13 janvier 2022.

Pas de quoi convaincre les salariés qui ont bloqué la production sur les neuf sites industriels du groupe. « Ce conflit est le plus dur. C’est du jamais-vu depuis vingt ans », soulignent les deux délégués. Au sommet de Dassault Aviation, on ne décompte que « 6 % de grévistes », sans préciser la proportion d’ouvriers en grève, alors qu’ils représentent 1 800 des 8 500 salariés du groupe. Les syndicats, eux, dénombrent « entre 1 000 et 1 200 compagnons en grève ». « Rien qu’à Anglet, 300 sur 400 ont cessé le travail, nous dépassons largement les 6 % », ironisent les deux délégués de la CGT et de la CFDT.

A l’intérieur de l’usine, les compagnons maintiennent « un piquet de grève devant le Falcon 2000 de 6 heures à minuit tous les jours, car nous craignons qu’ils ne le fassent partir de nuit », explique Christophe Brisé. « Nous savons que si nous voulons obtenir quelque chose, il nous faut bloquer la production », ajoute ce dernier. Autour des chaînes d’assemblage, les formes d’action évoluent chaque jour. Aux barrages filtrants succèdent les défilés, les barbecues ou les prises de parole.

Il vous reste 43,97% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

Leave a Reply

Your email address will not be published.