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Dassault lance un ultimatum à Airbus sur l’avion de chasse du futur

Chez Dassault, la crise de l’aéronautique a été enterrée en beauté ! Les commandes ont quasiment quadruplé entre 2020 et 2021, passant de 3,4 milliards d’euros en 2020 à plus de 12 milliards l’an dernier. Pourtant en 2020, l’avionneur avait pris peur : il n’avait enregistré pratiquement aucune nouvelle commande au cours de ces douze mois d’intense crise sanitaire, parvenant tout juste à vendre une petite quinzaine d’avions d’affaires.

A contrario, en 2021, l’entreprise familiale a vendu 100 avions, 49 avions de chasse Rafale et 51 avions d’affaires Falcon. Un score inespéré ! L’Egypte a commandé 31 nouveaux Rafale, la Grèce 6 Rafale neufs et la France 12. Un rebond à l’exportation, qui s’est commandé par la commande des Emirats Arabes Unis (EAU) pour 80 avions en décembre dernier et celle de l’Indonésie pour 42 appareils, deux contrats qui devraient entrer en vigueur cette année.

Marge nette de 9,3 %

En conséquence, Dassault Aviation affiche des résultats financiers solides pour son exercice 2021, avec un bénéfice net ajusté de 693 millions d’euros, soit une marge nette de 9,3 %. Le chiffre d’affaires a, lui, grimpé à 7,23 milliards, contre 4,48 milliards un an plus tôt. Avec les succès du Rafale, la reprise, notamment aux Etats-Unis, du marché de l’aviation d’affaires, et la signature d’importants contrats de long terme pour la maintenance des avions de l’Armée de l’air française, Dassault Aviation bénéficie d’une visibilité à moyen terme très confortable. Et le contexte plaide pour de nouvelles hausses des dépenses de défense.

La guerre en Ukraine fait toutefois peser de nouvelles difficultés sur le groupe. Dans l’immédiat, il s’agit d’annuler ou de geler certaines commandes de Falcon dont les Russes sont de bons clients. « Des contrats vont être gelés et on ne va plus pouvoir soutenir la flotte des avions Falcon russes », explique le PDG Eric Trappier, sans donner de chiffres. Le patron du groupe souligne toutefois qu’il s’inquiète moins de la perte de quelques commandes que des conséquences du conflit sur l’approvisionnement en matières premières de l’aéronautique, un sujet qui était déjà compliqué avant l’invasion russe.

Une cadence de production maîtrisée

Dassault sera-t-il en capacité d’honorer ses commandes ? Curieusement, Eric Trappier a averti qu’en 2022, il s’attendait à une baisse de chiffre d’affaires, avec la livraison de 35 Falcon et de seulement 13 avions Rafale, contre 25 en 2021. « Il ne faut pas confondre les livraisons dont le calendrier dépend des contrats et de la cadence de production », explique le PDG. Dassault reste sur un rythme de production de 2 avions Rafale par mois, pour honorer ses commandes à court terme. « Nous devrons passer à la cadence 3 pour le contrat émirati, mais ce dernier exige ses premières livraisons en 2027 seulement », rappelle-t-il. Alors que les négociations salariales avec les syndicats s’accompagnent de grèves perlées, Eric Trappier ne semble pas trop inquiet des répercussions sur les livraisons. L’entreprise a relevé ses propositions salariales et espère boucler rapidement les négociations.

Interrogé sur les perspectives offertes par les hausses de dépenses de défense promises en Allemagne, le PDG de Dassault a botté en touche : « on verra si cette décision d’investir davantage dans la défense se traduit en premier par l’achat de F-35 américain ou par la signature du projet européen de Système de combat aérien du futur (Scaf) ». Le contrat emblématique de la future coopération européenne dans la défense est en panne. Alors que la première phase d’étude s’achève fin mars, la deuxième phase du projet est bloquée faute d’accord entre Dassault et Airbus sur la répartition du travail.

Pas de nouvelles concessions sur le Scaf

Tout semblait pourtant prêt cet été. Un accord intergouvernemental de financement, signé en août, prévoit 3,6 milliards d’euros pour les études détaillées, dites de «phase 1B», en vue de lancer un démonstrateur en vol, sorte de pré-prototype du futur avion. Interrogé sur les raisons de ce blocage, Eric Trappier a répondu : « je suis prêt, j’attends la signature d’Airbus ». Et d’alerter : « les demandes supplémentaires d’Airbus passent nos lignes rouges ». Dassault veut bien partager le travail entre la France, l’Espagne et l’Allemagne, mais avec des responsabilités claires et selon les compétences des uns et des autres.

Les prétentions d’Airbus sur le chapitre des « commandes de vol », la spécialité de Dassault, ont semble-t-il, mis le feu aux poudres. Les commandes de vol dictent la manoeuvrabilité des avions de chasse. Si Airbus domine ce sujet pour l’aviation civile, il n’a pas cette spécialité dans la chasse, dont les trajectoires n’ont évidemment rien à voir avec celle d’un avion de ligne.

A cet égard, Eric Trappier a rappelé que Dassault n’avait pas de problème à être le sous-traitant d’Airbus sur le projet d’Eurodrone réalisé en coopération avec Leonardo sous la tutelle d’Airbus. Dassault a une part d’activité de 1,2 milliard sur ce contrat de 7,1 milliards d’euros, avec notamment la tâche de réaliser les commandes de vol. « En 2022, il va falloir statuer, on ne peut pas rester l’arme au pied, à un moment donné on dit oui ou on dit non », a réclamé le PDG de Dassault Aviation, en indique qu’il ne pouvait payer son équipe d’ingénieurs à attendre.

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