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Aviation : comprendre les carburants « durables » en quatre questions

Publié le 6 oct. 2021 à 9:16Mis à jour le 7 oct. 2021 à 16:17

Responsable de 2 à 3 % des émissions mondiales de CO2, l’aviation est un des secteurs les plus difficiles à décarboner car très dépendant du kérosène. Face à l’urgence climatique, l’aérien s’est engagé à atteindre « zéro émission nette de CO2 » d’ici à 2050 : aéronefs moins gourmands en carburant, avion électrique ou encore à hydrogène , plusieurs pistes sont adaptées. Mais ces derniers pourraient ne pas s’envoler avant 2035.

L’utilisation de carburants alternatifs est une clé des pistes pour réduire dès maintenant les émissions du secteur. Ces carburants d’origine non fossiles sont encore peu utilisés, mais les initiatives pour développer leur usage se multiplient.

Que sont les carburants durables ?

Il faut tout d’abord différencier les carburants « durables » et « alternatifs ». L’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI) désigne comme carburants « alternatifs » des carburants produits à partir d’autres sources que le pétrole, comme les huiles et graisses hydrogénées. Selon l’Association du transport aérien international (IATA), un carburant réellement « durable » est un carburant alternatif qui n’entre pas en concurrence avec la production d’eau et de nourriture, ou entraîne la dégradation des forêts par exemple. Sur l’ensemble de son « cycle de vie », il doit être le moins dommageable pour l’environnement que le kérosène.

Ces carburants durables peuvent être des produits de différentes manières. Ils sont fabriqués à partir de déchets alimentaires ou agricoles ou encore grâce à la biomasse. Une autre méthode consiste à produire du carburant à partir d’hydrogène et de CO2 optimisée dans l’atmosphère, mais elle est moins performante.

Comment sont-ils utilisés ?

Ces carburants durables sont ensuite mélangés au kérosène conventionnel, les moteurs actuels pouvant accueillir jusqu’à 50 % de biocarburant. En mai dernier, Air France a par exemple réalisé un vol Paris-Montréal avec 16 % d’huiles de cuisson recyclées.

L’actuel défi pour les avionneurs est désormais d’injecter 100 % de carburant durable dans les moteurs d’un avion : Airbus, Safran, Dassault Aviation, l’Onera et le ministère des Transports ont annoncé leur projet d’opérer, d’ Ici à la fin de 2021, un premier vol fonctionnait à 100 % au carburant alternatif. Plusieurs grandes compagnies aériennes ont conclu des accords avec des fournisseurs de carburants dans le but de développer l’usage de carburants alternatifs.

En quoi sont-ils moins nocifs pour l’environnement ?

L’utilisation de carburants durables pourrait réduire les émissions de CO2 de l’aviation jusqu’à 80 %. Si ces carburants émettent autant de CO2 que le kérosène lorsqu’ils brûlent dans les moteurs d’un avion, la réduction des émissions de CO2 un lieu sur tout le « cycle de vie » du carburant. La production de kérosène est en effet fortement émistrice au moment de l’extraction du pétrole et du raffinage, alors que la production de carburant durable est moins gourmande en CO2. L’incorporation de certains carburants durables dans les réservoirs des avions pourrait aussi permettre de réduire les émissions de particules fines, le « black carbon », nocives pour le climat, selon l’Icao.

Certes, l’avion à hydrogène pourrait permettre d’opérer des vols moyens ou court-courrier d’ici à 2035 sans aucune émission de CO2. Mais les carburants durables permettent de décarboner l’aviation dès maintenant et sont pour le moment la seule alternative viable pour les vols longs-courriers.

Sont-ils largement utilisés ?

De plus en plus de compagnies aériennes utilisent du carburant durable, mais en faible quantité. Selon l’IATA, les carburants alternatifs représentent moins de 1 % de la consommation du secteur aérien à l’heure actuelle, un chiffre qui pourrait monter à 2 % en 2025 et 5 % en 2030. Les aéroports qui distribuent régulièrement du biocarburant se comptent sur les doigts d’une main. Et pour cause : ils coûtent aujourd’hui trois fois plus cher que le kérosène.

Pour se qualifier, les carburants durables ont besoin d’investissements : mais qui va en payer le coût ? Mi-septembre, 50 entreprises, parmi lesquelles BP, Delta ou encore Boston Consulting Group, se sont engagées à ce que l’aviation mondiale use 10 % de carburants durables d’ici à 2030, un geste pour alimenter la demande mondiale et répartir les coûts sur l’ensemble de la chaîne de valeur, rapport CNN .

Plusieurs États ont également mis en place des mesures pour accélérer l’utilisation de cette alternative au pétrole : la Commission européenne veut obliger les fournisseurs à augmenter la part de carburant durable distribuée aux avions. En France, mais aussi en Norvège ou en Suède, une obligation de ce genre a déjà été votée.

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